Filmographie de Alain Delon : les films incontournables de sa carrière

Alain Delon reste l’une des figures les plus marquantes du cinéma français. Acteur, producteur et parfois réalisateur, il a construit une filmographie riche de près de 90 longs métrages. De ses débuts à la fin des années 1950 jusqu’à ses dernières apparitions, il a travaillé avec les plus grands cinéastes européens, de Luchino Visconti à Jean-Pierre Melville, en passant par René Clément, Michelangelo Antonioni et Joseph Losey.

Son image de séducteur au regard intense a longtemps marqué le public. Pourtant, sa carrière ne se résume pas aux rôles de jeunes premiers ou de personnages élégants. Alain Delon a aussi incarné des criminels, des policiers, des hommes fragiles et des figures ambiguës. Voici les films incontournables à découvrir ou à revoir dans sa filmographie.

Les débuts d’Alain Delon au cinéma

Alain Delon naît le 8 novembre 1935 à Sceaux, en région parisienne. Après plusieurs petits emplois et un passage par l’armée, il se tourne vers le cinéma à la fin des années 1950. Il apparaît d’abord dans des rôles secondaires, notamment dans Quand la femme s’en mêle de Yves Allégret, sorti en 1957.

Il joue ensuite dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret, où il partage l’affiche avec Jean-Paul Belmondo. Cette rencontre est souvent associée à la naissance d’une rivalité médiatique entre les deux acteurs. En réalité, leurs parcours et leurs styles étaient différents, même si le public les a régulièrement comparés.

Alain Delon obtient rapidement des rôles plus importants. En 1958, il tourne Christine de Pierre Gaspard-Huit avec Romy Schneider. Les deux acteurs deviennent un couple très suivi par la presse. Leur relation contribue aussi à renforcer la popularité du jeune comédien.

Plein soleil : le film qui révèle Alain Delon

Sorti en 1960, Plein soleil est le véritable film fondateur de la carrière d’Alain Delon. Réalisé par René Clément, ce thriller est adapté du roman Mr. Ripley de Patricia Highsmith. Delon y interprète Tom Ripley, un jeune homme fasciné par la vie luxueuse de Philippe Greenleaf, joué par Maurice Ronet.

Le personnage cherche à s’approprier une existence qui n’est pas la sienne. Le film repose sur une tension permanente et sur le charme inquiétant de son interprète principal. Alain Delon y apparaît séduisant, calculateur et difficile à cerner. Cette ambiguïté devient l’une des marques de son jeu.

Plein soleil est également important pour son esthétique. Les décors italiens, la lumière méditerranéenne et la mise en scène précise de René Clément donnent au film une atmosphère particulièrement reconnaissable. L’œuvre reste une référence du thriller psychologique français et européen.

Rocco et ses frères : le grand rôle dramatique

La même année, Alain Delon tourne Rocco et ses frères avec Luchino Visconti. Le film suit une famille originaire du sud de l’Italie qui s’installe à Milan pour tenter de trouver une vie meilleure. Delon joue Rocco, un homme généreux et protecteur, confronté aux difficultés sociales et aux tensions au sein de sa propre famille.

Le film est porté par une distribution remarquable, avec Annie Girardot, Renato Salvatori, Katina Paxinou et Claudia Cardinale. Alain Delon y montre une facette plus sensible de son jeu. Rocco est un personnage profondément humain, partagé entre ses valeurs, son amour pour les siens et la violence du monde qui l’entoure.

La réalisation de Visconti donne au film une dimension presque romanesque. Les rapports entre les frères, la pauvreté, la jalousie et les espoirs d’ascension sociale sont au cœur du récit. Rocco et ses frères est souvent considéré comme l’un des sommets artistiques de la carrière de Delon.

Le Guépard : Alain Delon face à Burt Lancaster

En 1963, Alain Delon retrouve Luchino Visconti pour Le Guépard. Adapté du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, le film se déroule en Sicile au XIXe siècle, pendant une période de grands bouleversements politiques et sociaux.

Delon incarne Tancrède Falconeri, un jeune aristocrate séduisant et ambitieux. Burt Lancaster joue le prince Salina, tandis que Claudia Cardinale interprète Angelica. Le film observe la disparition progressive d’un monde ancien et l’arrivée d’une nouvelle classe sociale.

La célèbre scène du bal reste l’un des moments les plus connus du cinéma européen. Elle illustre à elle seule le soin apporté aux décors, aux costumes et à la mise en scène. Le film remporte la Palme d’or au Festival de Cannes en 1963 et demeure un passage obligé pour comprendre l’importance d’Alain Delon dans le cinéma international.

Le Samouraï : l’icône du film policier

Après plusieurs productions internationales, Alain Delon retrouve le cinéma français avec Jean-Pierre Melville. Leur première collaboration, Le Samouraï, sort en 1967. Delon y interprète Jef Costello, un tueur à gages solitaire qui vit selon un code strict.

Le film commence par une scène devenue célèbre : Costello, seul dans une chambre presque vide, prépare méthodiquement son prochain contrat. Peu de dialogues, des gestes précis et une ambiance froide installent immédiatement le personnage. Alain Delon joue sur l’économie de mouvements et l’impassibilité.

Le Samouraï est un modèle de film noir. La mise en scène de Melville privilégie les silences, les regards et les déplacements dans Paris. La voiture, le revolver, le chapeau et le trench-coat participent à la construction d’une silhouette immédiatement identifiable.

Le film a profondément influencé le cinéma policier, en France comme à l’étranger. Plusieurs réalisateurs ont repris certains de ses codes visuels et narratifs. Pour beaucoup de spectateurs, Jef Costello représente le rôle le plus emblématique d’Alain Delon.

La Piscine : un huis clos sous le soleil

Réalisé par Jacques Deray en 1969, La Piscine réunit Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet et Jane Birkin. L’action se déroule dans une villa située dans le sud de la France. Jean-Paul et Marianne semblent profiter de vacances tranquilles, jusqu’à l’arrivée d’un ancien ami et de sa fille.

Le décor lumineux contraste avec la tension qui s’installe progressivement entre les personnages. Les non-dits, les anciennes blessures et les rapports de séduction deviennent plus importants que les dialogues. Alain Delon retrouve Romy Schneider dans un contexte très différent de celui de Christine.

Le film fonctionne grâce à son atmosphère de huis clos et à la précision de ses interprètes. La piscine, omniprésente, devient presque un personnage à part entière. Sous son apparence de thriller estival, le film observe les jeux de pouvoir et la fragilité des relations amoureuses.

Le Clan des Siciliens et Borsalino : Delon dans le cinéma populaire

Alain Delon est également l’une des grandes figures du cinéma populaire français. En 1969, il joue dans Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil aux côtés de Jean Gabin et Lino Ventura. Il interprète Roger Sartet, un criminel en fuite qui se retrouve au centre d’un projet de braquage particulièrement ambitieux.

Le film repose sur une distribution prestigieuse et sur une intrigue de grand spectacle. Jean Gabin incarne le patriarche d’une famille criminelle, tandis que Lino Ventura joue un policier déterminé. Delon apporte au personnage de Sartet une élégance et une nervosité qui correspondent parfaitement à son image de l’époque.

En 1970, il partage à nouveau l’affiche avec Jean-Paul Belmondo dans Borsalino, réalisé par Jacques Deray. Les deux acteurs y jouent deux gangsters marseillais qui s’associent avant de devenir rivaux. Le film connaît un grand succès et donne lieu à une suite, Borsalino & Co, sortie en 1974.

La rencontre entre Delon et Belmondo est l’un des événements du cinéma français de cette période. Les deux comédiens possèdent des personnalités différentes, mais leur présence à l’écran crée une dynamique efficace. Borsalino reste un film de gangsters accessible, porté par ses décors, ses costumes et ses scènes d’action.

Le Cercle rouge : une nouvelle collaboration avec Melville

En 1970, Alain Delon retrouve Jean-Pierre Melville pour Le Cercle rouge. Il y joue Corey, un détenu libéré qui prépare un cambriolage avec un ancien policier et un tireur d’élite interprété par Yves Montand. Gian Maria Volontè complète la distribution.

Le film est construit autour de la préparation d’un casse. Melville prend le temps de montrer les gestes, les outils et les déplacements des personnages. La longue scène du cambriolage est particulièrement connue pour son réalisme et son absence presque totale de dialogues.

Comme dans Le Samouraï, Delon incarne un homme solitaire. Mais Corey est moins abstrait et semble davantage marqué par son passé. Le film propose une vision très codifiée du milieu criminel, où la parole donnée et la loyauté occupent une place centrale.

Monsieur Klein : un rôle plus complexe et politique

Réalisé par Joseph Losey en 1976, Monsieur Klein permet à Alain Delon d’aborder un personnage très éloigné du héros de film policier. Il interprète Robert Klein, un marchand d’art parisien qui profite de la situation des personnes juives persécutées pendant l’Occupation.

La vie du personnage bascule lorsqu’il reçoit un journal destiné à un autre homme portant le même nom. Il cherche alors à comprendre l’identité de cet homonyme et se retrouve progressivement confronté à une réalité qu’il préférait ignorer.

Le film aborde la responsabilité individuelle, l’indifférence et les mécanismes de persécution. Alain Delon y joue un homme ambigu, d’abord préoccupé par ses affaires avant d’être rattrapé par le contexte historique. Monsieur Klein est une œuvre exigeante, mais essentielle dans sa filmographie.

Les années 1980 et 1990 : entre polar et nouveaux projets

Alain Delon continue de privilégier les films policiers et les personnages d’hommes durs ou solitaires. Il tourne notamment Pour la peau d’un flic en 1981, qu’il réalise lui-même. Il y interprète un ancien policier engagé pour retrouver une jeune femme disparue.

Il réalise ensuite Le Battant en 1983. Ces expériences derrière la caméra restent plus ponctuelles, mais elles montrent son souhait de contrôler davantage ses projets. Il poursuit parallèlement sa carrière d’acteur avec des films comme Parole de flic, Ne réveillez pas un flic qui dort et Une chance sur deux.

Dans Une chance sur deux, sorti en 1998, il retrouve Jean-Paul Belmondo. Vanessa Paradis complète le trio principal. Le film joue sur la complicité entre les deux acteurs et sur la possibilité que leurs personnages soient liés par une histoire commune. Même si la réception est plus partagée, cette réunion possède une vraie valeur symbolique pour le public français.

Quelle porte d’entrée pour découvrir sa filmographie ?

Pour une première découverte, plusieurs parcours sont possibles. Les amateurs de films noirs peuvent commencer par Le Samouraï et Le Cercle rouge. Ceux qui préfèrent les drames historiques se tourneront vers Le Guépard et Monsieur Klein. Rocco et ses frères permet de découvrir son registre dramatique, tandis que La Piscine offre un thriller plus intime.

  • Pour découvrir son charisme : Plein soleil.
  • Pour voir son travail avec Visconti : Rocco et ses frères et Le Guépard.
  • Pour le polar français : Le Samouraï et Le Cercle rouge.
  • Pour un film de gangsters populaire : Borsalino ou Le Clan des Siciliens.
  • Pour un rôle historique plus sombre : Monsieur Klein.
  • Pour un huis clos sous tension : La Piscine.

Les disponibilités varient selon les plateformes de streaming, les éditions vidéo et les programmations des cinémathèques. Les films de Jean-Pierre Melville, Luchino Visconti et René Clément sont régulièrement proposés en version restaurée. Une bonne occasion de redécouvrir Alain Delon sur grand écran, là où son jeu, ses silences et sa présence prennent toute leur force.

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